Les Eaux Dormantes

par Paul Andreu
Editions Les impressions nouvelles, 2010.

 

Il y a eu d'abord des gouttes isolées. Chacune s'écrasait avec un son différent. Puis des groupes de gouttes, irréguliers, de plus en plus denses, fondus bientôt en une masse crépitante dans laquelle seuls les silences détachaient un dessin. Puis encore un déchaînement de coups indistincts sur la tôle ondulée. Le sol est alors devenu blanc. De toutes parts, il s'est mis à briller et une lumière rampante a couvert l'eau de l'étang devant moi. Il n'y avait plus de couleurs.
Les orages sont fréquents ici l'été mais la violence de celui-ci m'a surpris. Il n'en finissait pas. Quand la grêle est venue trouer les feuilles, quand elle s'est mise à frapper directement mes tympans, j'en ai eu assez. Mais que faire ? Même au plus haut du pouvoir, qui commande aux nuages et aux vents ? Alors j'ai pris mon mal en patience et, dans le vacarme, je me suis souvenu de ce pays de vignes où l'on tirait des fusées contre le ciel, pleines de je ne sais quel sel d'argent, dans l'espoir que les nuages épuisent ailleurs leur force et arrivent adoucis. Quel argent me demandais-je alors, celui qui sert à payer ? L'orage s'est éloigné sans que je m'en rende compte, ses grondements et ses éclairs, au loin, sont devenus aimables.

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